
Les seuils intérieurs, perte de repères, transitions et passages de vie
Reconnaitre un seuil intérieur
Juste après le dernier regard,
il y aura cette seconde suspendue.
une concordance qui scelle.
Juste après le dernier regard,
une seconde plus intense et plus neutre.
Le plaisir léger d'être encore là, au bord.
Le seuil ne s'anticipe pas, on ne le reconnait qu'après.
C'est un moment qui ne nous appartient plus.
Nous appartenons à cet instant.
Le corps sait déjà
qu'il est trop tard pour rejouer l'alternative et trop tôt pour sortir de la boucle.
Pris à l'endroit il ressemble à un piège
pris à l'envers, à un choix
Au milieu rien n'est réversible.
Si on le combat, il se crispe
Si on l'accueille, il nous transforme.
Il existe des moments au cours d'une vie où l'on sent que quelque chose ne fonctionne plus comme avant .
Pas forcément de crise spectaculaire, mais plutôt un déplacement silencieux, un glissement. Un décalage s'installe d'abord.Le corps envoie des micro signaux avant même que la situation ne change. Très souvent , l'évènement survient peu après.
Le seuil, lui, avait déjà commencé.
Dans les faits, on continue à faire ce que l'on a toujours fait, mais cela ne produit plus le même effet.
Les repères habituels cessent d'être opérants, les stratégies habituelles ne fonctionnent pas bien, ce qui motivait n'anime plus, le corps signale un mouvement intérieur qui précède l'évènement .
On se sent plus fatigué, plus irrité, moins motivé, plus sensible.Rien n'est forcement "grave".Et pourtant quelque chose a changé. On ne sait pas toujours l'expliquer. On sent simplement que l'on ne peut plus revenir à l'état précèdent.Une forme de désynchronisation apparait et surprend.
Cela n'indique pas une erreur dans le paysage mais une transition.Son franchissement est un passage (initiatique) lié à un ou plusieurs événements dont l'irréversibilité ne peut être niée et qui engage à une reconfiguration parfois profonde de l'identité .Ce n'est pas une impasse, c'est une consolidation.
Cette réversibilité disparait lorsque l'identité se stabilise autour d'un axe plus profond que les circonstances."Qui être" devient "comment l'incarner?".
Ce n'est pas une ligne droite, la réorganisation n'est pas linéaire, la trajectoire est encore inconnue, mouvante et pourtant le mouvement se reconfigure sans retour en arrière. C'est un seuil.Il annonce un processus vers un changement.
Qu'est ce qu'un seuil intérieur?
C'est une zone intermédiaire entre deux frontières.
Un sas, une transition.Ce n'est ni l'ancien état, ni encore le nouveau.
C'est un espace intermédiaire où les repères habituels cessent d'être opérants, sans que de nouveaux soient encore installés.
Et lorsque nous vivons une transformation profonde, une rupture intérieure, un déplacement identitaire, une prise de conscience irréversible, il arrive que nous ne nous ne puissions pas revenir à notre ancienne manière d'être.
Quelque chose aura changé en profondeur.
La remontée demande des ajustements, des temps de pause, des sensations parfois déroutantes, des acceptations, et aussi parfois moins de compromis.Ce ne sont pas des échecs, ce sont des phases d'adaptation.
Un seuil bien travaillé n'est pas une chute mais une remontée progressive, graduelle vers une nouvelle stabilité.
Traverser un seuil demande rarement d'agir davantage, il demande surtout de reconnaitre que l'on est déjà en train de passer.
Le mouvement n'est pas linéaire .Il avance par ajustements successifs.A son rythme.
Pourquoi cela déstabilise?
Un seuil engage une modification profonde.On ne peut pas remonter à la surface d'u seul mouvement comme si rien n'avait changé.A la manière d'un plongeur qui doit marquer des paliers pour s'adapter à la pression, le corps et la psyché ont besoin de temps pour se ré-équilibrer.
Les sensations habituelles , la fatigue, le besoin de ralentir ou le sentiment de décalage ne sont pas des signes d'échec.Ils indiquent qu'une adaptation est en cours
Accompagner un seuil
Forcer épuise.Un seuil ne se force pas. Il se traverse.
Cela demande d'ajuster son rythme, de reconnaitre ce qui change, sa part ignorée, d'accepter l'entre-deux non comme un problème à résoudre, à gérer ou à contourner mais un lieu à venir fécond et habitable.Intégré.
Et parfois de se faire accompagner pour ne pas confondre transformation et effondrement.Il s'agit de soutenir un processus déjà engagé, le corps et la psyché cherchent à équilibrer un nouveau mode relationnel .
Un seuil bien traversé ne fragilise pas , il restructure.
